drame à stations
25 juin 2011




C’est peut-être le dernier endroit du monde où quelques vers, les derniers, ont trouvé leur place : ce ne sont même pas des vers, peu importe ; le refuge, lui, n’a aucun sens. Qui a eu l’idée de les poser là ? Peut-être que l’argument avancé avait été celui de la sauvegarde ; avec les espèces menacées, on ne fait pas différemment. C’est sous la BNF, devant les portes en verre coulissantes du métro. Gloire à la littérature : on peut s’essuyer les pieds sur elle, c’est son honneur. Des plaques d’or (de faux or — ô Mallarmé), petits ronds minuscules, il y en a des dizaines sur la station. Quelques lignes de Michaux (c’est cruel, deux, trois fois) — qui les lit ? Et qu’y lit-on ? Quand il arrive qu’un se penche pour lire, qu’il lève les yeux ensuite, il ne verra que ces immenses affiches publicitaires. Peut-être l’idée est-elle née du désastre : en réponse, quelques mots du poète suffirait pour neutraliser tout cela. Mais non. Je laisse passer deux (trois) métros devant cette idée, le désastre. La poésie comme extraits de belles phrases, c’est à cela qu’ils l’ont réduite : qui pour s’en soucier ? Qui pour regretter ce qu’elle fut : qui pour seulement s’en souvenir ? La ville a tout avalé, elle ne crache que des belles phrases immobiles, en ronds d’or devant les métros : qu’ils nomment cela poésie, moi je suis ailleurs, station suivante.

pour cette image : @Cécile Carret — voir commentaire ci-dessous…

arnaud maïsetti - 25 juin 2011

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