{Les Tombeaux…} | Prologue
18 novembre 2011


le lieu ; le temps ; la lumière

Le vent est tombé soudain.

Bruits de feuilles qui s’abattent lentement sur le sol.

La lumière revient peu à peu, d’abord par nappes successives : nappes primaires, nappes secondaires ; strates fines qui s’ajoutent les unes sur les autres formant cette brume au loin qui progresse, hésite, avance et recule, avance finalement davantage et gagne tout. Brume légère cependant, comme au matin avant le lever du soleil, l’été.

Le fleuve plus loin continue de passer.
On l’entend ainsi qu’une respiration faible d’un homme qui s’endort, péniblement. Parfois quelques remous, des crachats dans la gorge remués dans les secousses du rêve.

Terrain vague : partout le sol est nu, c’est un désert — une terre jadis riche d’arbres et de plantes, d’animaux inconnus ; végétations qui recouvraient tout : jardin qu’on a brûlé pour permettre le passage. Quand tout fut consumé, les flammes ont achevé de se brûler elles-mêmes laissant planer sur cette terre une fumée épaisse pendant plusieurs jours. Puis elle se dissipa pour ne laisser qu’une désolation – mais le temps avait passé : on oublia pourquoi l’on avait voulu traverser par là et le lieu fut laissé, ainsi, en l’état.

Terre alors recouverte d’un tapis de cendre transformé en poussière, puis en terre de nouveau : rien n’a repoussé. Un arbre seul au loin, noir et tordu, demeure, dont les feuilles poussent la nuit déjà presque mortes et tombent chaque jour au moindre souffle de vent.

Et pourtant, sensation étrange d’entendre et d’éprouver encore le frôlement de toute une forêt dense et vierge dans le vent quand il souffle.

Mais le vent est tombé, soudain, quand la forme d’un homme s’est avancée.

C’est une silhouette dans la brume, détachée d’elle, et comme émanante d’elle. Grande ombre de cendre grise, long manteau noir enveloppe un corps sec, qui fume.

Il attend. Sans impatience cependant. Marche un peu en frôlant les arbres qui ne sont plus là. Boite de la jambe droite et s’appuie sur une petite canne de bois. L’homme paraît plus immense encore.

Lorsqu’il parlera, avec douceur, avec gravité, ce sera toujours sans impatience, mais dans l’attente.

Et le frôlement des arbres brûlés.


arnaud maïsetti - 18 novembre 2011

Licence Creative Commons





arnaud maïsetti | carnets




par le milieu

_assaut contre les frontières _deuil _raconter bien _rêves et terreurs _spectres et fantômes _théâtre _villes